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Elle se laissa bercer par la musique et s'endormit bientôt malgré le froid. Elle reconnut aussitôt le pays féerique de ses rêves.
"Douce et chaude. C'est une douce prairie autour de moi. Comme un lit infini où je dors les yeux grands ouverts. Les sons me parviennent comme des vagues dans les émois du vent, portés par une musique simple, délicieuse, où les notes font des phrases qui se répondent et qui nouent ma gorge et qui mouillent mes yeux.
J'ai l'impression que le monde vibre autour de moi à la mesure de ces mélodie croisées. Qu'elles amènent jusqu'à moi des messages oubliés qui attendaient là, flottant, dans l'air du sommeil. C'est comme si ces notes avaient été là avant. Longtemps avant. Elles ont toujours été là. Il suffisait de les jouer, n'est ce pas?
Et maintenant, je voudrais tant que ce soit lui, ces pas qui viennent vers moi. Pouvoir lui dire comme il me manque. Comme il compte, à chaque geste, comme il m'envahit, comme il pèse dans chacun de mes souffles, chaque battement de mes veines. Comme je regrette de n'avoir su dire combien je l'aimais. Je voudrais tant que ce soit lui, que nos mains puissent se toucher au-dessus de l'herbe jaune dans un instant unique et éternel. Que le monde se replie sous nos mains pour que le temps nous rapproche, et que nous ne fassions plus qu'un, d'un bout à l'autre de nos vies.
Oui, je voudrais tant que ce soit lui, celui que le vent et les notes poussent jusqu'a moi. Qu'il vienne. Que vienne avec lui la fin de nos tourments. Que nous vivions ensemble dans un chemin perdu, sur une route oubliée, là où les yeux des hommes ne se posent jamais. Que ma vie ait un sens. Que je n'aie point vécu pour mourir sottement, sans avoir tenu dans mes mains la main d'un autre, et que nos mains s'unissent pour effacer le reste.
Je me souviens de sa voix, de ses mots, son regard, comme si je l'avais toujours connu, comme s'il avait été là avant même que je ne le rencontre, comme si je ne suivais qu'une histoire écrite pour lui et moi. Comme étaient là ces notes évidentes. Il suffisait de les jouer.
Il n'y a pas de temps, ici. Pas de temps qui presse. Pas ici...
Je lève les yeux et je le vois, lui. J'ai cru un instant a un doux rêve. Je l'ai cru, ou bien je l'ai voulu. Mais si c'est bien lui, que fait il dans ma féerie?
Je revois enfin son visage, Il me manque terriblement, et pourtant il est là, comme les notes qui sonnent a mes oreilles. Il est torse nu. Mais tout cela n'est rien. Ce n'est pas ce que je vois. Ce que je vois ce sont ses yeux, comme ils me fixent. Ses yeux. Des yeux bleus... La mer...
Et maintenant c'est ma voix. Hors de moi, oui, mais je la reconnais. Je me suis levée du parterre d'herbe d'or. Et comme lui je suis presque nue.
-Tu es... Que... Toi... ici...Que fais tu près de moi?
Je ne sais même plus si je rêve. Le monde autour de moi ne me semble pas réel et pourtant je n'ai plus l'impression de rêver. Je commence à avoir peur. Ce n'est pas un rêve normal. Il m'arrive quelque chose...
-Que fais tu ici Princesse?
Il me tourne le dos à présent. Mais que fait t'il ici
-Je ne sais pas... Et toi?
Son image vacille, s'éloigne, et la prairie avec lui."
"Il n'y a pas de temps ici, le monde nous appartient..."